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ATELIER 16 
WORKSHOP 16 (in French)

Le pouvoir des mots

Stéphane Théorêt 
Intervenant, Centre d'alphabétisation de Villeray - La Jarnigoine, Québec, Canada

Dans le souci de mettre de l’avant les principes fondamentaux de l’alphabétisation populaire, La Jarnigoine tend à développer, à encourager et à susciter l’émergence de relations égalitaires entre animateurEs et participantEs, et ce, dans toutes les sphères d’activités que nous proposons.  Or, dans nos pratiques démocratiques, nous nous frappons à un mur social bien construit : l’analphabétisme(1). Cause première et peu connue de l’’exclusion sociale, sœur de la pauvreté, ce problème maintient une population silencieuse écartée de tout espace démocratique par le code écrit. Alors comment faire face à cette problématique tout en étant en lien avec nos principes et nos valeurs démocratiques ?

D’abord, nos conceptions de la démocratie sont souvent incomprises voire boudées par les participantEs qui n’ont pas la même conception de la vie et des structures organisationnelles qui nous entourent puisque isolés et rejetés par le système.  Nous avons donc à surmonter ces freins et ces obstacles pour permettre de révéler l’être unique, égal et créateur qui sommeille en chacun. Par la patience, la communication la plus véritable possible et l’apprentissage ardu du code, nous réussissons peu à peu à faire entendre l’importance d’un tel enjeu, d’une telle appropriation de pouvoir.

Mais là ne s’arrêtent pas les difficultés. Car ayant une meilleure connaissance des structures, leur faible acquisition du code écrit met un frein sérieux et re- questionne notre façon d’organiser la démocratie à l’intérieur même de notre groupe. Comment surmonter cet obstacle? Comment donner le goût de participer aux structures de l’organisme ? Comment l’organisme doit-il adapter, réinventer son processus démocratique pour rester en lien avec sa mission et être un lieu de réel partage de pouvoir, un terreau fertile de prise de parole et un acteur de changement social personnel et collectif ? 

À travers les expérimentations, les essais-erreurs et plusieurs heures de lecture, de discussion et de réflexion, nous préconisons au sein de toutes nos instances décisionnelles la simplification des écrits, du langage et de l’ordre du jour, le procès verbal, etc. Aussi, les participantEs impliqués dans ces lieux de pouvoir sont incités à noter les mots clés afin d’assurer une meilleure appropriation et circulation de l’information. Tous ces outils ont été mis en place cette année pour renouveler notre fonctionnement démocratique et pour donner un sens profond à notre devoir de rapport égalitaire. Nous cheminons lentement vers un espace démocratique fragile mais concret. Cette prise de pouvoir engendre des déséquilibres riches en émotions et en questionnements qui, même s’ils confrontent à l’occasion les animateurEs/formateurEs, font naître une conception de la responsabilité chez les participantEs. Satisfaction partagée de les voir fiers de représenter des gens, de parler pour eux, d’avoir, pour certains, une plus grande envie d’apprendre ce fameux code de merde ! Expression d’une démocratie naissante ?!

À la lumière de cette prise de conscience de notre propre esclavagisme aux normes, la mission d’éducation populaire de partir de la réalité de ces citoyenNEs prend tout son sens. Nos exigences des structures sont-ils trop grandes pour eux?  Sachant que leur vision et leur compréhension s’affinent progressivement, nous devons mettre en place des outils, des façons de faire ainsi qu’animer la déconstruction de nos structures afin de créer l’espace de nouveaux cadres démocratiques et pour faire naître chez nos participantEs une profonde envie de transférer cette appropriation de pouvoir dans leur vie, leur communauté.

Nous n’avons pas encore toutes les réponses satisfaisantes à ces questions, à ces freins, ni vous, ni nous, mais nous pensons qu’ensemble, pas à pas, vers un meilleur nous cheminons.

1. 57% des Québécois et Québécoises éprouvent des difficultés en lecture et en écriture (littératie). Tiré de L’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), 2005.

 

  

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